Photos : maison de Goethe: jardin et bureau, Goethe tagué, tresse d'oignons, école du Bauhaus, "route du sang " vers Buchenwald.
Grâce à une femme, la duchesse Anna Amelia, nommée régente alors qu'elle était mineure et enceinte, Weimar se développa et devint la ville que l'on connaît mondialement. Elle fit venir autour d'elle, femme artiste et cultivée, ce qui se faisait de mieux chez les penseurs, les poètes, les peintres, les musiciens.
Johan Wolfgang von Goethe vécut une vingtaine d'années dans cette grosse maison bourgeoise restaurée après les bombardements qui avaient saigné la ville en mars 1945. On devine en flânant dans le jardin les ombres de Goethe et de son ami et voisin Schiller devisant sur la beauté du monde et sa fragilité, sur la versatilité de la nature humaine. Puis, il montera à grandes enjambées l'escalier, s'assiéra à son bureau entouré des souvenirs de son voyage en Italie, couchera fiévreusement sur le papier quelques vers qui resteront ou pas.
Dans l'église Saint Pierre et Paul, au début de la Renaissance, Cranach l'ancien s'est peint en témoin de la crucifixion et recevant un jet de sang.
Dans une église voisine, 150 ans plus tard, Bach y fut maître de chapelle et un peu plus loin, en lieu et en date, encore 150 ans, l'opéra fut dirigé par Franz Liszt, qui invita Wagner et "Lohengrin" y fut créé. C'est dans ce même bâtiment, juste derrière la statue de Goethe et Schiller, que les députés allemands fuyant le tumulte de Berlin, deux jours avant l'armistice du 11 novembre 1918, écrivirent une constitution jetant les fondements de la république et de la démocratie en Allemagne. Cette République de Weimar sera bientôt piétinée par les bottes nazies.
On pourrait aussi ajouter à cette liste Nietsche qui y finit ses jours ou encore Carl Zeiss qui lui les débuta avant de partir à Iéna, toute proche et en faire une capitale de l'optique.
Weimar, la ville classique par excellence, est heureusement sinueuse, couverte de parcs à l'anglaise, colorée et au marché des oignons, les vendeurs les ont tressés dans des couronnes d'automne.
En sortant de la vieille ville, un grand bâtiment rectiligne, aux grandes fenêtres ouvrant sur des ateliers, abrite l'école d'architecture. C'est l'ancienne école du Bauhaus, maintenant dans l'université du même nom, et hélas nous ne ferons qu'entrapercevoir les projets des élèves derrière les fenêtres, celles-ci restant closes pour cause de Covid. Ce sera aussi l'occasion d'une rencontre avec deux étudiantes françaises fraîchement arrivées à Weimar pour leurs études. Si Goethe est partout, certains semblent trouver sa présence pesante en le couvrant partiellement.
À quelques kilomètres de cette ville lumière, de l'humanisme un nom claque beaucoup plus sinistrement, Buchenwald ! On entre dans ce camp de concentration par la porte où est inscrite la devise "Jedem das Seine" ( à chacun son dû) sous la pendule marquant indéfiniment 15h15, l'heure où le camp fut libéré.
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