Saint Andreasberg (Basse Saxe)

Photos : gorge de la Bode - arbres malades - ex frontière - église de Braunlage. 


À force de regarder la Bode d'en haut, il nous fallait l'approcher, et quoi de mieux qu'un sentier au fond des gorges balisé de silhouettes de sorcières. Sous la protection de Goethe, et ses falaises, nous nous y engageons dans le doux gazouillis de la rivière et des oiseaux. La Bode paresse puis s'agite avant de retrouver sa nonchalance. Les derniers kilomètres seront humides de la petite pluie fêtant l'arrivée prochaine de l'automne. 
En ce samedi, nous verrons deux aspects contradictoires des Allemands. Leur passion réelle pour la nature, sa protection et sa découverte, les randonneurs qui la pénètrent respectueusement, et leur autre passion pour les grosses cylindrées à 2 ou 4 roues, dont l'écho des hurlements de moteur se répercute longuement dans la gorge. 
Des pans entiers de forêts de résineux sont malades. Des parasites à ce jour inconnus sous ces latitudes, et sans prédateur, prolifèrent en raison du réchauffement climatique. Une seule solution, abattre les arbres malades et les remplacer par des feuillus, plus résistants à ces parasites, les scolytes, mini scarabées. Méfiance, les forêts françaises commencent à être touchées. 
À Sorge, quelques éléments de l'ex frontière ont été conservés, et mirador, barbelés, mini blockhaus surgissent au milieu d'une saignée dans la forêt. 
Braunlage est une station de sport d'hiver très touristique et au milieu de la rue commerciale, une église évangélique en bois debout dont il faudra attendre la fin d'une cérémonie pour la visiter et admirer la simplicité de son intérieur. Et le seul rayon de soleil de la journée éblouira son clocher; décidément, les voies du seigneur sont bien impénétrables. 

Altenback (Saxe Anhalt)

Photos : passerelle et tyrolienne  - gorge de la Bode - empreinte du sabot  - dans les rues de Thale. 


Les pluies de la veille ont laissé les montagnes dans une fraîcheur cotonneuse. 
Le rideau de fer, qui coupa l'Allemagne en deux fut tracé aux points de rencontre des armées soviétique et américaine. Aussi cette frontière ne respecte guère des lignes naturelles et le Harz n'y échappe pas. Dans sa partie orientale, aujourd'hui en Saxe Anhalt, le point culminant, le Brocken était un point névralgique du Pacte de Varsovie à tel point qu'il ne figurait sur aucune carte. De nos jours, les randonneurs et vététistes ont remplacé les gardes frontières. 
Au-dessus de la Bode, juste en aval du barrage a été lancée la plus grande passerelle suspendue du monde, doublée par une tyrolienne assez vertigineuse. Hormis la prétention à figurer dans un livre de records, cet ouvrage n'apporte guère plus, ni dans son élancement assez quelconque, ni dans l'apport au paysage. 
Le Harz est terre de légende. Brunehilde (pas la nôtre), poursuivie par un géant, piqua les flancs de son cheval et s'élança par-dessus l'à-pic à Roßtrappe. L'empreinte du sabot y est encore visible, surplombant de façon spectaculaire la Bode qui semble toute paisible tout en bas. 
La nuit de Walpurgis, nuit du 30 avril au 1er mai, sabbat prétendu de sorcières, ou chasse à celles qui étaient reconnues païennes, reste une festivité importante, on y fête l'arrivée du printemps, et les sorcières fleurissent sous toutes les formes : statues, figurines, magnets, mugs, tee-shirts...
Au débouché de la gorge, Thale étale ses usines de métallurgie et sa tristesse, et le nom de la rue (Karl Marx Straße) peut laisser dubitatif d'autant plus qu'elle aboutit au musée de la DDR.

Wolfshagen 2 (Basse Saxe)


Photos : dans la vieille ville de Goslar. 

Peu avant l'an mil, on trouva dans les montagnes du Harz, à Rammelsberg, cuivre et argent. On exploita ces mines durant mille ans et la ville de Goslar prospéra et gagna l'appellation de Rome du Nord. Elle fut épargnée durant les guerres, ne connut aucun incendie majeur et la paix et ses activités commerciales et industrielles ne la défigurent pas. 
S'y promener est un enchantement. Au choix de vos références, vous êtes dans un album de contes des frères Grimm, un village Playmobil ou un décor de train électrique (made in Germany). 
Les maisons à colombages, à pans de bois y sont aussi nombreuses que celles de Dinan, Rennes, Troyes et Provins réunies ! L'œil ne sait pas où donner entre les poutres sablières festonnées, les corniers sculptés, les chapiteaux aux scènes parfois cocasses, les toits qui rivalisent de hauteur, les encorbellements où l'on devine des secrets. Les ruelles sont serrées et l'arrondi des façades n'en fait qu'accentuer l'étroitesse. Un ruisseau court au milieu et l'artisanat utilisant la force de l'eau y a installé ses ateliers. La rue s'élargit un peu et les maisons des notables y prospèrent comme celle de la famille Siemens, les ancêtres du fondateur de la firme. Elles se croisent en des places plus ou moins imposantes où les bâtiments officiels trônent, l'hôtel de ville et les maisons des différentes guildes. 
Un peu à l'écart, le Kaiserpfalz, le palais impérial, a une architecture un peu lourde, un peu massive, un peu kolossale. Et il n'y aura que des Français pour rire des statues équestres des empereurs avec leur casque à pointe. 
Et pour que la journée soit pleinement réussie, nous avons pu manger une bratwurst dans son brotchen à un stand dans la rue, espèce en voie de disparition, remplacée par des kebabs, des sandwicheries, des glaciers. Imaginez-vous notre chez nous sans galette saucisse ?

Wolfshagen im Harz (Basse Saxe)


Photos : usine VW à Wolfsburg - jeux de rétros - stand Bugatti - l'arrière grand-père de notre van - vue sur le Harz.

Wolfsburg, une capitale de l'automobile, un fleuron de l'industrie allemande et rien de plus logique que d'y trouver un temple consacré à ce dieu moderne, l'Autostadt. Nous emmenons ainsi notre bébé, en pensant aussi à son grand frère, à la maternité où se trouve sa nombreuse famille. 
Donc tout ce qui est Volkswagen y est avec sa nombreuse parentèle : Audi, Seat, Škoda, Lamborghini, Bugatti, Bentley...
Ce qui frappe en premier, c'est que dans ce lieu de la bagnole reine, on y marche beaucoup et qu'il n'y a pas de bruit ! Quels paradoxes !
L'architecture y est futuriste et les mises en scène des vedettes sont spectaculaires. Incontestablement, les deux palmes reviennent aux pavillons de Audi et Bugatti. Dans le premier vous grimpez dans l'éther puis une longue descente en spirale où par des trouées vous pouvez voir un jeu perpétuel de lumières, vous arrivez devant la star du lieu, l'Audi électrique. Chez Bugatti, une fois des teintures luxueuses franchies, des jeux de miroirs qui vous permettent d'admirer le galbe, les chromes, la silhouette de l'unique modèle présenté. Quels que soient les sentiments que vous éprouvez pour ce qui n'est finalement qu'une caisse plus ou moins chic, vous ne pouvez rester insensibles à cette célébration où finalement peu importe l'objet vénéré, ce qui compte c'est le rite. Toutes les religions l'ont bien compris et celle de cet engin si admiré ou si décrié n'y échappe pas.
Route au Sud où le paysage se frippe, se creuse, se vallonne, se dissimule derrière des rondeurs inconnues dans les grandes plaines de l'Europe du Nord. Wilkommen im Harz, ce massif montagneux qui aujourd'hui accroche les nuages. 

Gifhorn (Basse Saxe)

Photos : biche - Plaque en mémoire des marches de la mort - poutre de ferme - église de Rohrberg - canal de l'Elbe 


Et ce fut de nouveau l'été. 
La forêt luit de toute sa rosée sous le soleil matutinal, et nous avons presque honte de déranger ces biches dans leurs occupations. La route est formée de pavés à peine équarris, bordée de myrtilliers qui nous fourniront des saveurs acidulées, mais aussi de traces funestes. 
Au sortir du bois, un petit musée, un monument commémoratif pour se rappeler de la folie des hommes et de l'histoire violente de l'Europe. En avril 1945, les chefs des camps de Ravensbrück et de Sachsenhausen fuyant l'arrivée des Soviétiques, imitant leurs collègues des autres camps, emmenèrent leurs prisonniers déjà très affaiblis entre les lignes de front dans ce que les historiens appelleront "Les marches de la Mort ".
Nous traversons l'Elbe à rebours mais il est bien paisible bien que ses rives soient sauvages. La navigation fluviale se fait sur un canal parallèle, où nous trouverons notre bivouac du soir. Le fleuve marque aussi la frontière entre le Brandebourg et la Saxe Anhalt, et dans cette dernière les villages semblent être restés à l'écart du temps. C'est sans doute pour cela que les poutres de ces fermes portent l'histoire de leurs occupants gravée en gothique. À Rohrberg, nous rejoignons la "Straße der Romanik", route qui traverse toute l'Europe occidentale et ses plus beaux édifices romans. 
Nous revenons en Basse Saxe, de nouveau dans l'ex Allemagne de l'ouest, pour atterrir à Gifhorn attirés par les offres touristiques, le musée des moulins, dont nous serons les victimes con-sentantes. 

Wittstock (Brandebourg)

Photos : marais du parc de Müritz - Vieille ville de Waren

Et ce matin ce fut l'automne. 
Après avoir exploré hier le parc à pied, aujourd'hui nous enfourchons nos aimables bicyclettes pour traverser la forêt sur une piste dédiée aux seuls cyclistes, d'abord goudronnée puis en terre, parfaitement tracée et balisée. L'organisation allemande n'est pas qu'un slogan. 
Petit à petit, les arbres perdent de leur superbe, les bouleaux et les aulnes dominent mais leurs ramures se font chiche. Ils trempent dans un sol incertain où mettre ses pieds peut s'avérer problématique. Les roseaux envahissent les rives. Nous voilà projetés une dizaine d'années auparavant dans la Pologne voisine dans le marais de la Bierbrza. Mais la Deutsche Organisazion nous évitera les tracas connus, et bien à l'aise sur ces pistes, nous essayons de voir les ratons laveurs et les cerfs dont le brame fait frémir la forêt. 
Pour le retour, un bus, qui prend bien sûr les vélos et qui traverse la forêt par une superbe route forestière. Ah que cela fait regretter que ces systèmes de navette n'existent pas chez nous. Il nous déposera dans la vieille ville de Waren où nous goûterons au plaisir des rues et des places piétonnes. 
C'était notre page de louanges à l'Allemagne. 

Waren Müritz (Mecklembourg Poméranie)

Photos : grands cormorans - grues cendrées 


Nous avons quitté les eaux salées de la Baltique pour celles douces des lacs du Mecklembourg. La route qui nous y emmène traverse des villages un peu à l'écart des circuits touristiques et la reconstruction y est nettement moins avancée. De nombreux bâtiments de ferme collective sont à l'abandon et de nombreux engins rouillent. Conséquence de cette collectivisation forcée du temps de la RDA, des étables gigantesques d'où ne sortent pas les vaches essaiment notre parcours et les champs ont une telle taille que le paysan occupé à le labourer sur son tracteur doit s'ennuyer ferme. 
Nous voilà au cœur du parc naturel de Müritz dans cet espace plus large des lacs du Mecklembourg. Des forêts d'essences variées, chênes, hêtres, charmes, saules, bouleaux, pins, un sous-bois garni de champignons, de ronces aux mûres pas mûres, aux rares myrtilles mais succulentes et puis surtout des lacs, puis des lacs et enfin d'autres lacs. Entre, tourbières, roselières, bois, prairies aux coulemelles bien larges. 
Un paradis pour les oiseaux. Autour du Warnker See, les arbres ont perdu leur feuillage et ont gagné une couleur blanchâtre. Et partout sur leurs branches, comme des décorations de Noël, des cormorans par centaines. Entre leurs grognements plaintifs ou agressifs, les flappements de leurs ailes, comment grèbes, sarcelles ou aigrettes peuvent-ils poursuivre leurs activités de pêche ?
Et quand le soleil couchant embrasera le ponant, deux grues, cous étirés au maximum, avec plein de krou- kru dans le gosier, regagnent leur dortoir quelque part sur une rive.