Nous avons quitté les eaux salées de la Baltique pour celles douces des lacs du Mecklembourg. La route qui nous y emmène traverse des villages un peu à l'écart des circuits touristiques et la reconstruction y est nettement moins avancée. De nombreux bâtiments de ferme collective sont à l'abandon et de nombreux engins rouillent. Conséquence de cette collectivisation forcée du temps de la RDA, des étables gigantesques d'où ne sortent pas les vaches essaiment notre parcours et les champs ont une telle taille que le paysan occupé à le labourer sur son tracteur doit s'ennuyer ferme.
Nous voilà au cœur du parc naturel de Müritz dans cet espace plus large des lacs du Mecklembourg. Des forêts d'essences variées, chênes, hêtres, charmes, saules, bouleaux, pins, un sous-bois garni de champignons, de ronces aux mûres pas mûres, aux rares myrtilles mais succulentes et puis surtout des lacs, puis des lacs et enfin d'autres lacs. Entre, tourbières, roselières, bois, prairies aux coulemelles bien larges.
Un paradis pour les oiseaux. Autour du Warnker See, les arbres ont perdu leur feuillage et ont gagné une couleur blanchâtre. Et partout sur leurs branches, comme des décorations de Noël, des cormorans par centaines. Entre leurs grognements plaintifs ou agressifs, les flappements de leurs ailes, comment grèbes, sarcelles ou aigrettes peuvent-ils poursuivre leurs activités de pêche ?
Et quand le soleil couchant embrasera le ponant, deux grues, cous étirés au maximum, avec plein de krou- kru dans le gosier, regagnent leur dortoir quelque part sur une rive.
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